Pour une meilleure qualité de vie au travail ...

Du Bore Out et de son traitement médiatique

Du Bore Out et de son traitement médiatique

Par Emmanuel Abord de Chatillon et Céline Desmarais
Emmanuel Abord de Chatillon (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) Professeur des Universités à l’IAE de L’université de Grenoble. Il est responsable du Master Management Stratégique des Ressources Humaines et dirige la chaire Management et Santé au Travail. Il coordonne avec Olivier Bachelard (EM Lyon / St Etienne) et Tarik Chakor (Université de Savoie), le GRT Santé et Travail de l’AGRH.

Céline Desmarais (celine.desmarais@heig-vd) est professeur ordinaire à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud. Elle dirige le MAS Human System Engineering, formation originale qui promeut une vision du management comme responsable. Ses travaux de recherche portent sur le rôle des managers, les spécificités du management public, mais aussi l’analyse des outils de gestion de la santé au travail. Elle collabore à la chaire Management et Santé au Travail.

Nous nous intéressons à la santé au travail (c’est même une partie de notre activité de recherche) et nous avons tous les deux été surpris par l’ensemble de ce qui a été dit sur le bore-out. L’ensemble des supports de presse ont repris avec gourmandise une idée simple : on parle depuis trop longtemps de la souffrance au travail, notamment à travers les concepts de stress et de burnout, mais le problème n’est pas là. En nous focalisant sur le burnout (cf. débat à l’Assemblée Nationale sur sa reconnaissance), les médias semblent vouloir faire passer l’idée qu’en focalisant notre attention sur l’épuisement professionnel, nous nous étions trompés de cible. le problème n’est pas un travail pénible, c’est une absence d’activité au travail, un ennui perpétuel, ce que certain nomme par comparaison au burnout, le bore-out qui correspondrait à un ennui tel que les salariés en deviennent malades.

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SNCF, comment mettre la QVT sur la bonne voie ...

SNCF, comment mettre la QVT sur la bonne voie ...

Par Nicolas WURTZ,
chef de projet, développeur/concepteur, à la direction Digital SNCF

GRAOU : La QVT collaborative chez SNCF

Si vous deviez poser la question de ce qu’est la QVT, il est probable qu’on vous parle de machine à café ou de babyfoot. Et si ces propositions peuvent améliorer l’environnement de travail, c’est indéniable, est-ce vraiment de la qualité de vie au travail ?

Je fais partie de ces personnes qui ne boivent pas plus d’un café par jour, perdent au babyfoot, et s’ennuient devant un écran de télé accroché de toutes manières trop haut pour le regarder. C’est un peu caricatural, et pourtant, dans l’environnement de travail des personnels roulant que sont les agents de conduite et commerciaux des trains, les salles de repos sont nombreuses, et les bonnes idées de QVT se limitent bien souvent à une machine à café (payant), un babyfoot « qui ne sera pas remplacé si déterioré » et quelques éléments de décor pour égayer ces lieux — je suis une fois tombé sur une immense salle télé, contenant une vingtaine de chaises à bascule d’une célèbre marque suédoise tout le long et… c’est tout.

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Les aménagements de travail, élément clé de la QVT

Les aménagements de travail, élément clé de la QVT

Par Sylvie LÉGUÉ, Ergonome

De nombreuses entreprises du tertiaire s’engagent dans des projets de déménagement et /ou de réaménagement des environnements de travail. L’objectif poursuivi est la recherche d’économie, et l’évolution du prix du m² dans les grandes villes risque de conduire encore, et encore d’autres entreprises à choisir cette option pour limiter ses charges fixes.

Ces projets sont le plus souvent présentés aux salariés comme visant l’amélioration des collaborations et coopérations, l’ouverture et la convivialité, une plus grande attractivité pour les jeunes générations …. De tels projets peuvent être de véritables opportunités de repenser la distribution des services selon les interactions, de moderniser et de réaménager des espaces avec des matériaux et matériels plus performants, plus adaptés à nos modes actuels de travail. Mais attention, ils peuvent aussi avoir des conséquences néfastes sur les conditions de travail, sur le collectif des salariés et par conséquent sur la performance. 

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C'est moi le patron

C'est moi le patron

 

Par Nolwenn Anier, Docteure en psychologie et directrice du Pôle Recherche chez Moodwork

Imaginez : vous êtes devant une montagne et votre objectif est de la gravir. Vous vous demandez sûrement si vous allez y arriver. Vos capacités objectives à réaliser cette action sont difficiles à évaluer, à moins d’avoir gravi cette montagne auparavant. La vraie question est donc : comment percevez-vous vos capacités ?

Eh oui ! Si vous êtes convaincu que vous n’avez pas les aptitudes nécessaires pour grimper sur une telle distance, vous entamerez une action que vous estimez vouée à l’échec. Il y a donc plus de chances que vous échouiez réellement. En effet, vous serez stressé et aborderez donc les potentielles difficultés comme découlant de vos aptitudes insuffisantes.

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La prévention cardio-vasculaire au coeur de l'entreprise

Professeur Bernard PIERRE, Cardiologue Faculté de médecine Lyon-Sud / Charles Mérieux

En France, la mortalité de cause cardiovasculaire (CV) a été réduite de façon spectaculaire lors des dernières décennies (de l’ordre de 50 %). De ce fait, depuis 2004, chez l’homme (mais non pas encore chez la femme), la mortalité par maladies cardiovasculaires est passée au second rang derrière celle liée aux maladies cancéreuses. Les études nous montrent que cette baisse de mortalité CV est bien sûr le fait d’une prise en charge de plus en plus performante des maladies CV une fois constituées mais, plus encore, d’une meilleure prévention de celles-ci.

Cependant, il reste beaucoup à faire ! En effet si l’espérance de vie moyenne en France à la naissance est parmi les plus hautes du monde (79,5 ans pour l’homme, 85,3 pour la femme), l’espérance de vie en bonne santé (63 ans pour l’homme, 65 pour la femme) est notoirement moins bonne que dans de nombreux pays européens (chiffres  2018). Les experts considèrent que cela est le fait d’une médecine française essentiellement curative et trop peu axée sur la prévention.

En outre, il faut souligner que les deux principales causes de mortalité et d’altération de la qualité de vie (maladies CV et cancéreuses) répondent peu ou prou aux mêmes stratégies préventives. Aussi s’agit-il d’un sujet majeur de Santé Publique. Chacun peut et doit se sentir concerné. Au plan collectif, toutes les institutions, mais aussi les entreprises peuvent utilement apporter « leur pierre à l’édifice ».

Les cardiologues distinguent volontiers la prévention primaire (avant tout évènement CV) de la prévention secondaire (après infarctus du myocarde, AVC…).

Chez les salariés, particulièrement les plus jeunes (l’âge est le plus important des facteurs de risque CV), la prévention passe avant tout par une meilleure connaissance et observance de trois grands conseils hygiéno-diététiques. Les médecins du travail et de prévention (8 000 en France), leurs équipes, en lien avec les responsables de l’entreprise ont un rôle essentiel à jouer dans :

1/ L’arrêt du tabac concernant près d’un quart des salariés. Le tabagisme est la première cause de décès prématuré et la première cause de décès CV évitables. L’arrêt du tabac permet en outre une amélioration de la qualité de vie au travail (amélioration de la confiance en soi, suspension des multiples pauses cigarettes, diminution des arrêts de travail…). Il conviendra de veiller au respect de la législation quant aux lieux d’interdiction de fumer (décret du 15.11.2006). Le service santé au travail pourra utilement proposer par tous moyens une sensibilisation à l’intérêt du sevrage (en insistant sur les bénéfices attendus), une aide et un suivi.

2/ Une meilleure alimentation

Rien n’est à exclure (les « régimes » d’exclusion sont nocifs). Il convient de corriger les grandes distorsions diététiques (excès quotidien de charcuterie, de fromages, de boissons sucrées…), manger de tout (ni trop, ni trop peu selon la corpulence), le plus varié et équilibré possible, en trois repas. La diététique méditerranéenne ayant fait ses preuves pour réduire le risque CV s’inscrit dans cette logique. Elle doit être riche en légumes, fruits, légumineuses, noix, noisettes, baies. Aussi, l’implication de l’équipe santé au travail dans l’élaboration des menus proposés au restaurant d’entreprise est-elle utile, l’installation de distributeurs de boissons ou aliments sucrés assurément inutile.

3/ La réduction de la sédentarité et l’incitation à l’activité physique

La sédentarité se définit par une immobilité d’au moins sept heures par jour par périodes de plusieurs heures. Elle pourrait être responsable de 4 % des décès planétaires et concerne la grande majorité des salariés. Il n’est pas certain qu’une excellente activité physique ou sportive compense entièrement les méfaits de la sédentarité. Les recommandations de l’OMS, de la Société Européenne de Cardiologie méritent d’être rappelées : au moins 150 minutes par semaine (30 minutes quotidiennes cinq jours sur sept) d’activité physique modérée ou au moins 75 minutes d’activité physique intense. Le plus étant le mieux. Nombre d’entreprises se sont déjà engagées pour encourager le « gigotage » (éloignement des poubelles, des imprimantes, walking ou biking desks), l’activité physique ou sportive (salles de sport, compétitions intra ou inter entreprises).

D’autres puissants et fréquents facteurs de risque CV méritent d’être dépistés et suivis par l’équipe santé au travail :

1/ L’hypertension artérielle concernant près de 30 % des salariés, souvent méconnue car asymptomatique, imparfaitement traitée (un sujet traité sur deux est à l’objectif). La prise tensionnelle doit donc être systématique en santé au travail, au mieux appuyée sur des séries d’automesures effectuées selon la règle des 3 (3 mesures successives matin et soir, les 3 jours précédents toute consultation) avec pour objectif une moyenne inférieure à 135/85.

2/ Les troubles métaboliques (diabète et hypercholestérolémie) concernent plusieurs millions de salariés. Ils justifient souvent un traitement médicamenteux, appellent un suivi afin d’optimiser l’observance dans laquelle le service santé au travail a toute sa place même si le médecin du travail ou de prévention n’est pas prescripteur.

3/ Le stress psychosocial dont le stress professionnel est le troisième facteur de risque de l’infarctus du myocarde. Son analyse est certes complexe, multifactorielle mais certaines « techniques de management » peuvent être assurément délétères. La psychologie positive a fait ses preuves. Un salarié moins stressé, heureux au travail, sera plus efficient et aura un risque CV moindre.

En matière de prévention secondaire, les objectifs sont plus ambitieux (par exemple taux de LDL, communément appelé « mauvais cholestérol » inférieur à 0.7 g/L), le suivi médical plus étroit. Un traitement médicamenteux est toujours nécessaire.

Il est essentiel de souligner que les stratégies de prévention ne doivent pas être punitives, moralisantes, culpabilisantes. Le « Y a qu’à, faut que » ex cathedra ne marche pas. La démarche des accompagnants, soignants doit être positive en mettant au premier plan les bénéfices escomptés en termes de qualité et d’espérance de vie.

Aussi, la Fédération Française de Cardiologie comme l’association « Cœur et travail » se sont elles engagées depuis plusieurs années dans l’organisation de journées de sensibilisation des salariés au risque CV, au cœur des entreprises (conférences, ateliers divers, à la carte, par des intervenants spécialisés). Le rapport de Charlotte LECOCQ sur la santé au travail, au Premier Ministre, en 2018, est un encouragement précieux à cette démarche. Un ouvrage collégial sous la direction de Bernard PIERRE, intitulé « Le cœur au travail en questions » sera publié en septembre 2019 aux éditions Frison-Roche et sera le « bréviaire » pour toutes celles et ceux s’intéressant à la santé au travail. 

  

 

 

        

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