Tous compétents ?

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Pierre LAMBLIN, Directeur des Etudes, APEC

Sous l’effet des évolutions technologiques, réglementaires mais aussi démographiques et sociales, les entreprises se dotent de compétences qualifiées et de cadres pour accompagner les innovations ainsi que les transformations, notamment numériques et organisationnelles. L’effectif cadre du privé a ainsi augmenté d’un tiers durant ces vingt dernières années pour s’approcher des 4 millions de cadres. Si beaucoup de métiers cadres de demain sont encore inconnus et en nombre difficiles à quantifier, la plupart des métiers cadres actuels vont continuer à se transformer en faisant évoluer les compétences recherchées. Expertise, management, autonomie et adaptabilité constituent aujourd’hui le socle de compétences marqueur de l’identité d’un cadre, mais, pour autant, certaines compétences, notamment comportementales, prennent de plus en plus d’importance aux yeux des managers et des recruteurs. 

Lire la suite

Entretien avec Guy LE BOTERF

Entretien avec Guy LE BOTERF

A partir de quel moment la notion de compétence a-t-elle pris place dans les politiques de gestion des ressources humaines et de formation en France ?

Au début des années 70. Il faut se rappeler qu’avant 1973 la compétence n’était pas un « objet de travail  ». Dans le domaine de la formation et dans les entreprises on raisonnait en termes d’objectifs de formation ou d’objectifs pédagogiques. La notion de compétence est devenue essentielle sous l’influence de deux évènements majeurs : la loi Delors de 1971 sur la formation professionnelle continue et le choc pétrolier de 1973.

Des ressources financières étant disponibles avec la nouvelle législation sur la formation continue, la question s’est posée de savoir comment non plus faire de la formation une dépense sociale mais un investissement. Comment alors identifier le résultat attendu de cet investissement ? Que doit produire la formation ? La réponse fut : des compétences. 

Lire la suite

La data au service du Workforce planning

La data au service du Workforce planning

An Rycek, Cisco - Strategic Workforce Planning Manager,
Global virtual sales & engineering

En partenariat avec HRBuilders Europe, spécialiste du Management de transition et du Recrutement en urgence dans le domaine RH (cecile@hrbuilders)

Pouvez-vous présenter Cisco en quelques mots ?

Cisco est une entreprise IT américaine spécialisée dans les solutions télécom (Infrastructures, 

Sécurité, Services, Applications…) qui emploie environ 74 000 employés dans le monde et se reconfigure en permanence (190 acquisitions depuis 1993). Pour illustrer ce qu’est Cisco, je peux prendre deux exemples de projets que Cisco a mené récemment : 

(1) A Barcelone, nous avons créé ensemble avec notre eco-système la ville du futur (Smart city/ville intelligente) en déployant l’informatique géodistribuée (fog computing) pour gérer notamment grâce aux données via l’internet des objets l’éclairage, le trafic automobile ou les déchets de manière plus intelligente afin d’optimiser la consommation d’énergie et les flux ;

Lire la suite

La compétence, faut-il raison garder ?

La compétence, faut-il raison garder ?

Par Élisabeth Provost, Vanhecke Consultante formatrice auteure

Encore aujourd’hui, de multiples débats et opinions surgissent à propos d’une notion érigée en phénomène, « la compétence » ; comme si c’était nouveau… La compétence aurait-elle simplement été emprisonnée dans des concepts que nous aurions nous-mêmes fermés : le métier, la capacité ou l’aptitude ? Ou les raisons de l’instant auraient-elles  fait oublier les réalités d’un demain déjà dépassé ?

Lire la suite

La compétence, faut-il raison garder ?

Par Élisabeth Provost, Vanhecke Consultante formatrice auteure

Encore aujourd’hui, de multiples débats et opinions surgissent à propos d’une notion érigée en phénomène, « la compétence » ; comme si c’était nouveau… La compétence aurait-elle simplement été emprisonnée dans des concepts que nous aurions nous-mêmes fermés : le métier, la capacité ou l’aptitude ? Ou les raisons de l’instant auraient-elles  fait oublier les réalités d’un demain déjà dépassé ?

La compétence malade de « pyrrhonisme »1

Quelle est donc cette chose étrange qu’on ne peut définir sans l’obscurcir ? Cette pluralité de définitions et de points de vue qui ne sont en mesure de s’accorder que par le sens quand ils demeurent otages des dogmes et des certitudes que créent le besoin économique et la grande peur d’un lendemain tout numérique ?

La sagesse que l’on accordât aux empereurs de l’ancienne dynastie Ming fut celle de la non-action. Ils avaient compris que les choses évoluaient sans eux et surtout que ces évolutions ne pouvaient exister que s’ils créaient les conditions d’une grande vacuité, un vide d’action générateur de vie. Mis en perspective, qu’adviendrait-il de l’actuel brouillage d’idées et de déclarations à propos de la compétence ?

Sur le plan de son origine, nous sommes tous de possibles géniteurs contributifs à ses multiples naissances qui ont maillé notre histoire économique et sociale. Les doctrines et les déclarations à propos des compétences, celles des universitaires, des consultants ou des organismes répertoriés pour l’étudier ont été plus prolixes que celles des acteurs qui se « contentaient » de l’utiliser pour faire face à leurs besoins.

La notion de compétence évolue et interroge toujours. Dans les années 1980, afin de répondre à l’évolution des postes, la fonction publique territoriale s’en est emparée. Lors des journées internationales de la formation en 1998, le Medef l’a posée comme accompagnant nécessairement le projet d’entreprise. Dernièrement, le rapport 2018-2019 de l’Apec l’installe sur le plan de l’évolution des métiers et des nouvelles formes d’emploi. Et la commission prospective de France Stratégies réfléchit à sa saisine par les entreprises.

Le paradoxe symbolique de la compétence

Cependant, de cette grande diversité d’opinions et de déclarations à propos de la compétence, une alliance entre les acteurs se dégage. Celle d’une conformité dans son application dont il est tiré une puissante conjecture, une conformité d’idée : répondre à l’urgence économique car numérique. Comme si nous étions innocents des impacts d’un processus d’accélération du traitement des données que nous aurions nous-mêmes contribué à créer…

En fait, à quoi servirait de discourir sur des compétences chamboulées par un système économique qui s’est ouvert grâce au partage et aux nouveaux modes de traitement des informations ? A cause (grâce ?) aux disruptions des applications numériques, Uber, Airbnb et autres déstructurations des entreprises de services et de production ? Quand certains d’entre nous ont construit ou ont volontairement emprunté ce chemin ; quand d’autres l’ont désiré, parfois rêvé ; quand certains l’ont ignoré et d’autres encore l’ont subi.

Dans cette pseudo-crise d’adaptation de la « ressource-compétence2 » à la demande économique d’ajustement des entreprises à leurs besoins, notre responsabilité collective est engagée, que l’on soit proactif, acteur ou passif. Ne rien faire est aussi une prise de position.

La compétence, une non-réponse à la crise des temporalités

Répondre à une immédiateté sans en avoir envisagé les conséquences ; sans avoir douté de ses implications ; sans s’être assuré de possibles scénarios alternatifs ; ou s’être soumis à ce que l’on pense ne plus être capable d’éviter… est-ce raisonnable ?

S’il existait une caractéristique dans nos comportements, ce pourrait être la suivante : l’impuissance à prouver que la réalité choisie pour la compétence est bien celle-là et pas une autre. À ce jour, cette réalité non raisonnée a ignoré les symptômes portant rupture des formes économiques en vigueur, bien protégés que nous pensions être dans nos systèmes autocentrés, entreprises ou institutions.

Pourtant, les nuages de la bifurcation étaient bien là ; certains s’en sont même approprié le nom à d’autres fins, le « cloud »…

Alors se questionner à propos des compétences ne conduirait-il pas à regarder l’horizon par le petit bout de la lorgnette ? La source du paradigme d’aujourd’hui ne jaillirait-elle pas plutôt au-delà des montagnes de l’évidence ambiante ?

La compétence entre liberté et menaces…

Demain s’est déjà installé ; il suffit d’aller à sa rencontre dans les nombreux salons et colloques factuels et virtuelles portant les initiatives numériques. Dans cette course effrénée au progrès, quel est le devenir de l’instant ? Alors que le cerveau ne fait pas la différence entre le réalisé et le pensé, pour lui les deux moments sont également vécus ; et si nous bifurquions pour un autre espace, intemporel celui-là, tant qu’il peut exister, un système dont l’humain serait LA finalité ?

Les menaces sont bien là. Dans un univers dont la longévité est aujourd’hui mesurée, quelle est la place de la compétence dans notre survie à terme ? 

Epictète3 déclarait : « Haussez la tête, hommes4 libres ! » Le sommes-nous encore ?


1   Le pyrrhonisme est un courant de pensée rattaché à Pyrrhon d’Elis, philosophe grec (- 365/-275 avant JC). Bien que Pyrrhon n’ait rien écrit, comme Socrate le philosophe, sa vie est un modèle pour ses contemporains. Sa doctrine, rapportée par son disciple Aristolis, peut se définir comme un indifférentisme généralisé : “Nos sensations et nos opinions ne sont ni vraies ni fausses”. Cette attitude d’indifférence seule peut conduire, selon Pyrrhon, à l’ataraxie (la paix de l’âme). Le but de Pyrrhon, comme les stoïciens, est de soustraire l’homme au malheur, qui résulte selon lui de l’attachement aux réalités temporelles. Ce non-malheur est, pour le sage, le bonheur. Le pyrrhonisme influencera grandement le scepticisme.

2   Dixit Guy Leboterf

3   Epictète est l’un des plus célèbres philosophes stoïciens. Sa réflexion porte essentiellement sur la sagesse et la recherche du bonheur. Sa philosophie est fondamentalement minimaliste, puisqu’elle consiste à éviter le malheur, en guise de but de la vie, plutôt qu’une recherche proprement dite du bonheur. Son œuvre la plus célèbre est le Manuel

4   Comprendre en  2019, « hommes et femmes libres » !

Mots-clés: COMPETENCES, MagRH8

Les articles relatifs au management des compétences et des talents