Pour une meilleure qualité de vie au travail ...

Mécenat de compétences et QVT

Mécenat de compétences et QVT

Jean-Michel Pasquier Après avoir créé Humaneo, une entreprise de conseil en ressources humaines, Jean-Michel Pasquier a souhaité concilier ses engagements associatifs personnels avec sa carrière professionnelle en créant Koeo.

A l’heure où les entreprises investissent de plus en plus le terrain du bien-être de leurs collaborateurs au travers d’espaces de travail et de vie plus conviviaux et chaleureux, de services liés à leur épanouissement physique au travers du sport ou de la relaxation, ou d’accompagnements dédiés à leur vie quotidienne de type conciergerie ou crèches d’enfants, il reste un domaine où elles commencent à découvrir peu à peu la richesse de bienfaits jusqu’à présent inexplorés : la quête de sens des salariés.

Souvent limité en terme de perception par le management RH ou RSE à un dispositif essentiellement inscrit dans la stratégie de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, le mécénat de compétences, qui permet de façon volontaire le don d’expertises professionnelles ou personnelles de collaborateurs, pendant leur temps de travail, à des acteurs de proximité de l’intérêt général (associations ou collectivités locales), représente pourtant une formidable dynamique à plusieurs facettes pour enrichir la QVT des organisations. 

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Du Bore Out et de son traitement médiatique

Du Bore Out et de son traitement médiatique

Par Emmanuel Abord de Chatillon et Céline Desmarais
Emmanuel Abord de Chatillon (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) Professeur des Universités à l’IAE de L’université de Grenoble. Il est responsable du Master Management Stratégique des Ressources Humaines et dirige la chaire Management et Santé au Travail. Il coordonne avec Olivier Bachelard (EM Lyon / St Etienne) et Tarik Chakor (Université de Savoie), le GRT Santé et Travail de l’AGRH.

Céline Desmarais (celine.desmarais@heig-vd) est professeur ordinaire à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud. Elle dirige le MAS Human System Engineering, formation originale qui promeut une vision du management comme responsable. Ses travaux de recherche portent sur le rôle des managers, les spécificités du management public, mais aussi l’analyse des outils de gestion de la santé au travail. Elle collabore à la chaire Management et Santé au Travail.

Nous nous intéressons à la santé au travail (c’est même une partie de notre activité de recherche) et nous avons tous les deux été surpris par l’ensemble de ce qui a été dit sur le bore-out. L’ensemble des supports de presse ont repris avec gourmandise une idée simple : on parle depuis trop longtemps de la souffrance au travail, notamment à travers les concepts de stress et de burnout, mais le problème n’est pas là. En nous focalisant sur le burnout (cf. débat à l’Assemblée Nationale sur sa reconnaissance), les médias semblent vouloir faire passer l’idée qu’en focalisant notre attention sur l’épuisement professionnel, nous nous étions trompés de cible. le problème n’est pas un travail pénible, c’est une absence d’activité au travail, un ennui perpétuel, ce que certain nomme par comparaison au burnout, le bore-out qui correspondrait à un ennui tel que les salariés en deviennent malades.

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De la vitalité des collaborateurs à la vitalité de l'entreprise

De la vitalité des collaborateurs à la vitalité de l'entreprise

Par Véronique CHABERNAUD, Créer La Vitalité

Vous avez dit santé ?  Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la santé « est un état de complet bien-être physique, mental et social et qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Une belle définition qui a donné lieu à une noble vision, puisque l’OMS, dès 1948, s’est fixée pour mission « d’amener tous les peuples de l’humanité au plus haut niveau de santé ». 

Nous sommes malheureusement très éloignés de cette ambition. En France aujourd’hui, près de 10 millions de personnes en âge de travailler ont une ou plusieurs maladies chroniques, parmi lesquelles 385 000 nouveaux cas de cancer par an, 530 000 nouveaux cas de maladies cardio-vasculaires par an, 3,7 Millions de diabétiques avérés. Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg. 

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Enquete de climat social attention aux démarches bidon MAGRH

Enquete de climat social attention aux démarches bidon MAGRH

Par Hubert LANDIER, Vice président de l’IAS (Institut International de l'Audit Social)

Le « bonheur au travail », la qualité de vie, le bien-être et l’engagement des salariés font l’objet d’un nombre croissant de « baromètres » de toutes sortes, parfois affublés de noms racoleurs et dont la présentation, accessible sur Internet, abonde en « smiles ».

Certaines de ces propositions manquent d’autant plus de sérieux qu’elles s’affichent comme étant significatives d’un management novateur. Elles se limitent souvent à une simple enquête par questionnaire, adressé aux salariés sur un support informatique, parfois réalisée dans des conditions douteuses, mais auréolée de la vogue des big data et agrémentée d’une présentation attrayante. C’est la raison pour laquelle l’IAS (Institut international de l’audit social) a élaboré une charte méthodologique et déontologique des enquêtes de climat social à l’intention tant des prestataires que de leurs clients. Il s’agit en effet de les mettre en garde contre des pratiques douteuses, à la fois dépourvues de toute valeur prédictive et réalisées dans des conditions éthiques problématiques. En effet, certaines de ces enquêtes répondent uniquement à une volonté d’affichage, à usage à la fois interne (il s’agit alors de valider la politique sociale de la Direction) et externe (il s’agit alors de renforcer la « marque employeur »).

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Quand le Métier faisait système avec l’individu et son organisation…

Par Elisabeth PROVOST VANHECKE

Faut-il qu’une cathédrale se meure pour redécouvrir la vocation d’un Métier ?

À la question : « Quel est votre Métier ? » Certains répondent : « Je suis comptable chargé de la trésorerie de la filiale de… » Ou « Je suis assistante aux Ressources humaines dans le cadre de l’administration du personnel du secteur de… » Ou encore, « Je suis ouvrier chez X… chargé de la mise en place des ailes avant sur le modèle Y… version 2019 ».

Quel besoin a-t-on, les uns et les autres, d’amener le focus de la réponse avec autant de précision sur la tâche à accomplir et ses compétences requises ? S’il est répondu par l’utilité économique immédiate, par la situation ou la procédure de production et/ou de service ; peu de réponses sont fournies sur le but de la personne, son Métier, sa pratique : son identité personnelle et professionnelle au travail.

La rémunération associée à l’activité participe à la reconnaissance par l’entité du travail de l’individu, en tant que moyen contributif à son résultat économique. Cependant… aurait-on oublié à quoi servent les tâches exercées par chaque personne et ses compétences associées ? Quelle envie, quel instinct de vie l’individu satisfait-il quand il sort moult feuilles de payes ou produit des milliers de visses  à longueur de journée ?

La question du sens du travail serait-elle devenue hors « Sujet » pour l’entreprise ?

Il y a 15 ans approximativement, je me souviens d’une phrase rétorquée avec fierté par un « compagnon » d’Air Bus, quand je l’avais interrogé sur ce qu’il faisait. Je visitais alors un des premiers ateliers de montage d’un avion extraordinaire, l’A380. Et j’avais été intriguée quand, après le serrage des boulons de la carlingue par un robot ; l’homme les vérifiait les uns après les autres. À ma question, avec fierté l’ouvrier me répondit : « Madame, je construis un avion ! ».

Une réponse que j’attendais, sans l’attendre, tout en l’espérant. Celle de la contribution du compagnon au Métier de l’entreprise, construire des avions, dans la satisfaction d’y participer ; une vocation ; la sienne !

La fierté de l’ouvrier faisait sens avec celui qu’il attribuait à son entreprise, construire des avions. Sa participation à cette finalité, peut-être plus perçue par les compagnons que réelle pour l’entité, allait plus loin que la nécessaire marge financière à reconstruire pour un pari industriel risqué.

La force de cette réponse partagée à l’époque où elle me fut donnée, était constitutive d’un symptôme, le marquage social des individus dans une organisation dont le but affiché faisait « système » avec celui de son personnel.

Grâce à « l’alliance » entre une réalité symbolique plus forte que la tâche, contrôler le serrage des boulons, et le Métier du « compagnon » ; ce Métier s’était trouvé sublimé par la finalité de l’entreprise, construire des avions. Cette expression d’une réalité collective englobait la participation de chacun, fut-elle modeste, à « l’œuvre » globale de l’A380 ; orientant la dynamique identitaire, personnelle et professionnelle, vers l’émergence d’une vocation concrétisée par un Métier.

Cette réponse, reliant le détail des tâches et des compétences mobilisées par chacun pour accomplir le travail ; et la finalité collective et globale de l’organisation, tirait les individus au-delà de leurs contraintes journalières et de la pénibilité au travail. Comme un certain bonheur à faire son travail…

Peut-elle subsister encore aujourd’hui ? À un moment où l’accent des textes sur la réforme de la formation est mis sur la compétence, ce petit bout de profession ; sans lien apparent avec un Métier qui ferait système avec la finalité symbolique d’une organisation… La logique financière aurait-elle remplacé le but industriel, artisanal et/ou de service du Métier ?

Être heureux dans son travail grâce à son Métier, est-ce encore possible ?

Certains managers pourront répondre rapidement et légitimement en retraçant tous les efforts qu’ils mettent en œuvre pour améliorer les conditions matérielles au travail. « Nous ne pouvons pas aller plus loin. Nous avons fait le maximum ! »

Sur le plan objectif, ils ont raison de pointer les Objets mis en place afin d’y contribuer. Mais sur un plan subjectif qui envisagerait les personnes comme Sujets, parties prenantes à un but collectif, convoquées dans la réalité politique d’une gouvernance… il n’y a pas souvent de réponse congruente entre une finalité organisationnelle déclarée et les ressources (dont humaines) sélectionnées pour l’atteindre.

Sans doute les dirigeants préfèrent-ils répondre à la question du bonheur au travail en désignant les Objets mis en place en faveur des Sujets ; plutôt que de valoriser leur Métier… Et pourtant, pendant longtemps, ce paramètre incontournable de l’organisation, fut l’élément essentiel qui a fabriqué le sens du travail ; comme si le but de l’entreprise avait résonné comme un cœur, grâce à la pulsation des hommes et des femmes qui y travaillaient.

À une époque où l’individu s’appropriait la finalité de l’entité grâce à son Métier et où la place de chacun était de facto reconnue. Dans un maillage d’interactions en boule, chacun participait en fonction de ses capacités…

Et si les pressions économiques avaient fait perdre… la boule à l’entreprise ?

D’autres gouvernants pourront ajouter que : « Jusqu’à ce jour, les conditions économiques du travail salarié se sont améliorées et la prévention des risques au travail n’a été aussi incontournable » Certes, ils auront à nouveau raison. Sauf que, le quant à soi du cadre dirigeant sur un plan objectif ne suffit pas pour retrouver le plaisir au travail de l’individu et susciter sa vocation.

Les plans de pensée et d’action sont différents : l’amélioration des conditions objectives économiques et matérielles ne résout pas le mal-être local et SUBJECTIF au travail, qui se double aujourd’hui d’un malaise sociétal global. Comme si l’un avait emporté l’autre…

Ainsi, créer une conciergerie dans un hôpital chargé de rendre les services que le personnel soignant et aidant n’a plus le temps de réaliser, ne compensera pas le stress d’un rythme travail toujours plus important. Celui-ci remplit si intensément les journées que cette belle vocation de soigner son prochain est parfois reléguée aux oubliettes de l’impossible espoir de se réaliser par son Métier. Cette situation est celle des contraintes qui prennent le pas sur le désir de Métier…

« Voici venu le temps des cathédrales »

chantent les artistes de la comédie musicale Notre Dame de Paris. Quand le 15 avril le toit de l’édifice s’est enflammé, l’émotion fut sans nom parmi ceux qui y ont assisté ; d’autres l’ont regardé à la télévision ; et aussi d’autres encore, situés très au-delà de nos frontières. Les promesses de dons sont venues du monde entier, telle celle du Brésil, qui a proposé ses arbres à la France ; ainsi que les messages de soutien et de fraternité ; sans parler de la communauté des fidèles et des laïcs, unis dans un élan symbolique renversant les séparations sociologies ou religieuses.

À la question d’un journaliste lui demandant si, en tant que représentant des charpentiers, ceux-ci étaient en capacité de reconstruire le toit de l’édifice entièrement brûlé, un maître Charpentier a répondu qu’il est charpentier, que c’est son Métier. Il a ajouté que plus de 10 000 gens de Métier comme lui en France sont prêts à se mobiliser pour rebâtir la forêt de la charpente de Notre Dame.

Pour lui, ce drame a une autre facette qu’un évènement malheureux. Il est aussi une occurrence inespérée pour former tous les apprentis volontaires qui voudraient se joindre à cette œuvre magnifique. Les enseigner à cette occasion à la grandeur du Métier de charpentier, tous ont leur place pour participer à ce but extraordinaire. « Ils sont prêts » a conclu le Maître ; même si cela demande du temps. Ils le prendront pour reconstruire ce symbole intemporel.

Cinq années auraient-elles suffi  ?

La force de la réponse du charpentier est celle de l’assurance d’un Métier maîtrisé malgré tous les risques inhérents et sa pénibilité induite. Sur un plan intergénérationnel, la conviction de l’homme quinquagénaire fut un plaidoyer pour lever la vocation des jeunes générations à s’associer à un but aussi solide que les tours de l’église qui n’ont pas failli malgré le feu…

Ce discours a résonné avec celui du commandant des sapeurs-pompiers de Paris, humble par rapport à son Métier et fier de l’engagement de la vie de ses hommes face au feu ; pour servir avant tout et réussir un but impossible, sauver un symbole des flammes.

Retrouver  un peu de cet élan vers les autres et de cette force symbolique dans l’accomplissement de son Métier ; le temps nécessaire pour l’apprendre et réussir son œuvre ; serait-ce devenu mission impossible pour les « emplois » d’aujourd’hui ?

Faut-il qu’une cathédrale se meure pour redécouvrir la vocation d’un Métier ? 

  

 

 

        

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